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Besoin de province

  A propos de "Toute la mer va vers la ville"


gargouilleVoilà un livre que je porte, dans ma tête, depuis des années.
D’abord dire que je suis provincial. Heureux de l’être, heureux d’avoir précocement échappé au mirage d’occuper le centre du monde. Mais plutôt malheureux de ne rien lire de contemporain à ce sujet. Comment peut-on être Breton ?, Le Cheval d’orgueil, ce sont des livres phares, des étapes. Mais le premier est trop revanchard et le deuxième trop réactionnaire. Ma province, mon sentiment provincial se sont construits après, sur d’autres bases. Et je crois qu’en cela, je suis proche de beaucoup d’autres, Bretons ou pas, Alsaciens, Corses, Normands, Boliviens ou Malais. Ceux des marches, ceux des franges, ceux d’à gare_sbcôté.
 
Dire ensuite que je ne suis pas obsédé par la condition provinciale, par la protestation contre Paris, par la révolte des « colonisés » – comme au temps du Joint Français. C’était légitime et puissant dans les années 70. Mais la décentralisation, la déconcentration ont rétabli la balance. Et il faut être un jacobin endurci pour ne pas voir que notre société, de fait, est polycentrique. Que la menace pesant sur nos « capitales régionales » est de se transformer en « petit Paris ». Et que l’égotisme des politiciens « nationaux » est affligeant, naïf, balourd.
 
Dire enfin combien ça me plaît d’être entre deux mondes. A Paris, j’ai besoin de mer, besoin de mon Trégor. Et dans ma maison, face aux vagues, j’ai besoin de ville, de la fantaisie de la ville, de l’anonymat de la ville, du génie de la ville, de son désordre, de sa misère. Total : ça me plaît beaucoup, moi, d’être constamment entre deux. Ça me convient, ces navettes incessantes, ces désirs contradictoires et perpétuellement inassouvis. Hier, être provincial, c’était être cantonné dans son trou. Je soutiens que c’était hier. Et qu’aujourd’hui, c’est une école de l’ouverture, du voyage, du désir d’ailleurs.
 
Comment raconter tout ça ? Je n’avais pas l’intention de commettre un essai. J’ai fini par trouver le biais de l’autobiographie.politique_hebdo Une des magies de la littérature, après tout, est de faire de l'universel avec du particulier. Mais la lecture de nombreux ouvrages autobiographiques m’avait échaudé. Trop de narcissisme, trop de complaisance dans les détails, trop d’attendrissement sur les narrations d’enfance et de jeunesse. J’ai tenté d’éviter ce travers, de me servir de ma propre expérience comme d’un fil conducteur générationnel. J’ai tâché de faire simple, d’avoir moins d’afféteries que dans Le Vent du plaisir. Vous me direz si j’y suis parvenu.
 
La leçon de l’histoire, c’est que je revendique mes attaches, pas mes racines. Je ne suis pas prisonnier de mon parcours, de ma mémoire,prigent des miens, de ma terre. Les attaches, ce sont juste les liens de l’amour, souples mais forts, qu’on noue et qu’on dénoue, qu’on n’oublie jamais mais qui ne vous assignent guère.


PS D'où me vient cet étrange titre? A l'école primaire, (je raconte combien elle me paraissait détestable), nous apprenions un poème de Verhaeren dont c'était le refrain. Il évoquait la révolution industrielle, la vie portuaire, les cargos montant à l'assaut des ports. Et j'aimais ce refrain, j'aimais l'idée qu'on regarde la terre, la ville, depuis la mer... 


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