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Mais qu'est-ce qu'il lui prend d'écrire un roman d'aventures ?

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xmoses3Quand on écrit, quand on chante, quand on réalise des films, c'est toujours la même histoire. Si l'on a le bonheur de connaître quelque succès, il vous est demandé de continuer, continuer, continuer. Je me méfie de cette pente-là. Comme le disait Blaise Cendrars à propos des voyages, "Quand on aime, il faut partir". Lorsque j'ai publié Besoin de mer, mes lecteurs, mes amis libraires étaient un brin déconcertés. Avec Paquebot, ça s'est reproduit, inéluctablement. "Je ne savais pas que tu étais drôle" m'a dit mon éditeur, dont le sens de l'humour est nettement supérieur à la moyenne. Bref, il faut s'expliquer un peu. Je m'explique.


Si quelque notoriété est attachée à mes publications, c’est pour les enquêtes et les essais que j’ai commis avec Patrick Rotman, ou bien pour les travaux plus littéraires que j’ai consacrés notamment à la mer, voire pour mes prises de position récentes (Tant qu’il y aura des élèves) sur l’école. Il faut croire que j’aime brouiller les pistes.

Je n’ai jamais avoué une autre passion, pourtant majeure. J’aime les comédies musicales et la littérature dite populaire (ce qui a fait de moi, par exemple, l’heureux éditeur de Michel Folco, au Seuil, genre qui heurtait assez la maison). Après les grosses vagues de Besoin de mer ou de L’Abeille d’Ouessant, après les collèges de banlieue qui n’étaient pas moins agités, j’ai donc décidé d’écrire une comédie, un roman d’aventures qui ne s’interdit ni les coups de théâtre ni le sourire, dont le divertissement est la fonction première et dont on tourne les pages aussi rapidement que possible. Avec des dialogues, des pirates, des danseuses russes, un mariage et un enterrement, des amours fatales et une grand-mère indigne.

J’avais envie d’écrire un livre mauvais genre, d’essayer de contourner l’académisme pompeux de la littérature nombriliste, de clamer, une fois pour toutes, que je préfère Dumas au nouveau roman. J’avais envie dehamon_lion changer de table chez les libraires, un peu comme je l’ai fait avec Besoin de mer – dont on se demandait s’il le fallait le classer en fiction, récit, essai, biographie et autres rayons prédéfinis.

Et puis j’avais envie d’écrire de la fiction, ce qui s’appelle de la fiction, d’animer des personnages dont aucun n’est moi.
Avouerai-je que les graves débats concernant l’autofiction me laissent de marbre ? Comme mon ami et auteur Alain Rémond, quand j’écris un récit, je raconte les lieux, les gens, les faits, je dis « je » et « je », c’est moi. Quand j’écris un roman, je ne raconte ni mon divorce ni mes amours. J’invente des histoires, juste des histoires.

Et c’est ici l’histoire d’une croisière sur l’océan Indien, la croisière de l’Imperial Tsarina, un paquebot dont l’armateur est grec et l’actionnaire russe. Une croisière un peu spéciale baptisée « croisière mystère » : les étapes n’en sont pas annoncées à l’avance, les passagers vont de surprise en surprise. Et, ma foi, ils vont être servis.
En principe, il ne se passe rien, lors d’une croisière. L’orchestre joue, la vague est bleue, la nourriture surabondante et fade, les jours s’enchaînent et se ressemblent. Même la mer finit par disparaître, au profit des piscines. L’Imperial Tsarina ne déroge pas à la règle. Sauf que les innombrables ratés de l’existence refusent de céder. Il y aura même des morts, mais la fête continue. Les comédies, n’est-ce pas ?, ne sont qu’une version pardaillan3simplifiée de la vie.

J’avouerai, enfin, que j’avais envie de rire. Un but ambitieux, non, par les temps qui courent ?

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