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Pourquoi un recueil de nouvelles ?

J’avais déjà écrit des nouvelles, mais à l’unité, pour diverses revues. Et quand Charles Kermarec, le propriétaire de l'extraordinaire librairie Dialogues, à Brest, m’en a demandé douze, j’ai accepté avec gourmandise, sous réserve qu’elles seraient unies par un thème conducteur. Franchement, je me suis régalé. Par la difficulté : à chaque fois, on recommence tout, on fournit le travail d’un début de roman, on est prêt à produire deux cents pages, et c’est déjà fini. Par la technicité : d’unejudas_and_the_kiss nouvelle à l’autre, on peut opter pour la première ou la troisième personne, on peut écrire au présent, au passé simple, à l’imparfait,on peut choisir pour héros un homme ou une femme, on peut rire, on peut basculer dans le drame, esquisser un roman policier. Cette contrainte totale est totale liberté.

Et puis il y avait le sujet. Je l’avais voulu shakespearien. La trahison, c’est, comme la vengeance, un ouvre-boîtes universel. La trahison, c’est vraiment une diagonale : elle nous traverse tous en biais. Le traître n’est pas ontologiquement traître – hormis quelques délinquants de droit commun –, le traître c’est fréquemment le déviant, celui qui sort de la norme, qui s’écarte du politiquement correct, qui n’évite pas l’ambiguïté. J’ai essayé de peindre des traîtres intéressants, souvent moraux, j’ai essayé d’inventer des figures où l’on se demande qui, réellement, trahit – et pourquoi.

Enfin, il y avait le piment de donner son premier texte à une nouvelle maison d’édition. Charles Kermarec, je le connais depuis trente ans. Et cela faithamon_kermarec vingt cinq ans qu’il me dit : « Moi, l’édition, je n’y touche pas. Je suis libraire, et point barre... » Ça l’a pris au bon moment. Parce que, des éditeurs vraiment indépendants et qui connaissent le métier, il en existe peu. Parce qu’il est provincial (mais veut une maison d’envergure nationale). Parce que c’est le plus honnête des hommes, le plus respectueux du droit d’auteur – copyright et droit moral. On n’a pas le droit d’être absent d’une tentative pareille.

En outre, cette tentative est résolument originale. Face à Google, face à Amazon, face à Apple, ni les éditeurs, ni les libraires, ni les auteurs ne sont préparés. Parce que nous aimons l’odeur du papier que le papier reste un support formidable. N’empêche : l’édition électronique va nous exploser à la gueule, dans les mois qui viennent, très vite. Kermarec a fait le choix de ne pas dissocier version papier et version électronique. Grâce à un procédé technologique inédit, il joue cette carte – sans DRM – en parfait accord avec ses auteurs. Allons-y, innovons. Ne laissons pas Steve iphoneJobs tout seul sur son podium...