logo-herve-hamon

Je n'ai pas choisi la mer



sans_marine_pas_dempire_50
Les écrivains de marine, c'est un club limité à vingt membres. On y porte le grade tout honoraire de capitaine de frégate (moi qui ai été réformé pour folie et gauchisme, j'apprécie le chemin parcouru), et on est invité à naviguer sur tous les "bateaux gris", sur tous les océans, ce qui est un formidable privilège. Le chef d'état major de la marine, l'amiral Oudot de Dainville, m'a dit, le jour de mon intronisation: "Ne vous inquiétez pas, vous ne donnerez des ordres à personne, et vous n'en recevrez de personne." Tout de suite, ça m'a plu.




Je n'ai pas choisi la mer et elle ne m'a pas choisi, le hasard qui m'a frappé n'a rien d'un privilège. Elle m'a inondé sans que j'aie manifesté talent ni mérite. J'« ai » la mer, moi qui suis mécréant, comme certains amis religieux me déclarent « avoir » la foi : par foudre innocente, étrangère à la raison ou au calcul. Je ne suis, du reste, nullement prosélyte et n'ai, dans cet écrit, d'autre intérêt que d'approcher avec des mots un élément excentrique - pareil discours est nécessairement une fiction -, et de proposer cette tentative à qui veut, cap-hornier ou paysan, peu m'importe. Denis Roche, qui ne prise guère le varech, m'a dit pour m'encourager : « Je n'aime passur_rosebud_light la mer, mais je suis heureux qu'elle existe... » La formule me convient, je ne serai pas moins tolérant que lui. Ajouterai-je que l'océan, pour l'essentiel, me reste à découvrir : j'en ai parcouru quelques bras, mais assidûment, juste assez, peut-être, pour envisager ce que j'ignore.

Extrait de Besoin de mer, Éditions du Seuil, 1997.

Le lien vers mon film "Chasseur de tempêtes" tourné à bord de l'Abeille Flandre : http://www.vodeo.tv/documentaire/chasseurs-de-tempetes